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Le 9 décembre 2008, le Conseil national des barreaux a été renouvelé avec un taux de participation de 45,5 % dans la circonscription nationale et de 37,8% à Paris. Cette participation est comparable à celle des élections prud’homales qui ont eu lieu à la même période et à l’occasion desquelles la classe politique - unanime - a considéré que le taux d’abstention représentait un danger réel pour l’efficacité, la légitimité et la pérennité de cette institution bi-séculaire.

Les 52.324 avocats n’ont donc guère été plus participants que les 18.846.979 employeurs et salariés qui eux-mêmes sont nettement moins participants que les 43.896.043 électeurs qui, à plus de 80%, ont participé aux élections présidentielles de 2007.

C’est un fait arithmétique, indiscutable, vertigineux : le sentiment démocratique est inversement proportionnel au niveau de formation. La pente naturelle des élites française ne tend pas vers la démocratie mais vers l’oligarchie.

Pour peser sur les événements, il ne faut pas insulter les faits, mais commencer par en prendre acte. C’est ce que les élus du CNB ont fait, dans une atmosphère conviviale et appliquée en peaufinant le modus operandi de notre oligarchie représentative pendant dix heures consécutives lors de l’Assemblée Générale du CNB qui s’est tenue le 10 janvier 2009.

Nous avons élu à notre tête le Bâtonnier Thierry Wickers (soutenu par les élus du Groupe des Avocats Indépendants) avec 75% des voix contre le Bâtonnier Frank Natali, après avoir écouté leurs deux discours.

Premier discours, celui de Frank Natali,  empreint de cette émotion du challenger qui sent que la barre est trop haute, pour lui ; en cet instant. En partageant avec son auditoire le sentiment de cette incertitude, il la matérialise et se condamne ainsi à rater une épreuve dont l’aléa incompressible comportait pourtant une part de chance qui aurait pu lui être favorable.

L’autre discours était celui du defender, Thierry Wickers, qui avançait avec un humour distingué et cette tranquille assurance de celui qui ; tout en sachant que la victoire est pour lui, sent aussi que le seul fait de l’envisager trop clairement pourrait en dissiper le charme et la faire disparaître comme un papillon de nuit soudainement éclairé. Pour conjurer le sort, il avance avec cette humilité confiante qui signe les vraies légitimités … et il l’emporte haut la main.

Ce bref momentum passé nous avons ratifié a des majorités exubérantes et quasi-unanimes de plus de 96% des voix, souvent à mains levées, les candidatures proposées pour les membres du Bureau. Par déférence pour ces derniers, nous n’avons élu les présidents de commissions qu’à des majorités plus modestes : 89%, en moyenne.

J’ai participé sans vergogne à ce happening électoral au cours desquels défilaient, le plus souvent, des candidats uniques, dont les brèves présentations donnaient le sentiment peu convaincant, qu’ils éprouvaient un frisson électoral qui se terminait par une forêt de mains levées dans une version soft, liophilisée et très convenable de « hola » de fin de match.

Les chiffres inversement proportionnels des taux de participation précités et des scores ultérieurs nous invitent, les premiers à une certaine modestie et les second à une certaine humilité devant le hiatus qui sépare d’un coté la nature démocratique proclamée de nos institutions et de l’autre leur fonctionnement oligarchique avéré.

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En soi, cela n’est pas gênant. Il y a des oligarchies fidèles à l’intérêt général, des despotismes qui ont accouché de lumières et des démocraties qui enfantent des monstres, comme ces dernières années à Guantanamo. Ce qui serait gênant, serait d’appeler démocratie ce qui est une oligarchie.

La question qui se pose est donc de savoir si notre sympathique oligarchie sert la cause des avocats qui, comme l’aigle de l’empire austro-hongrois, a deux têtes : celle des causes qui nous sont confiées et celle des avocats qui en sont les serviteurs.

Le vaste consensus, répété à satiété pendant la campagne des élections au CNB, est clair :

Notre impuissance devant les méthodes utilisées par le gouvernement et devant l’orientation des réformes en cours ; notre constat affligé devant le déclin de notre profession, en influence et en moyens, convergent vers un troisième consensus : celui d’une indispensable réforme de nos institutions représentatives qui devront clairement choisir le camp de l’oligarchie rationalisée ou celui de la démocratie organisée.

La dernière mandature, dans un ultime hoquet, postérieur à notre élection, s’est emparée de la question au dernier moment, comme un enfant qui reprend du dessert alors que le repas est fini et s’est prononcée sur la nécessité d’une réforme du CNB.

Cette Assemblée Générale, confite dans trois années d’expérience et de bonheur(s), a abordé cette question délicieusement explosive dans des termes, dont la perfection dans l’ambigüité force l’admiration et me fait humblement douter de parvenir, fut-ce au bout de trois ans de mandat appliqué, à un tel sommet.

Nous y reviendrons.

Que ceux qui souhaitent que l’oligarchie aille jusqu’à son terme aient le courage de l’affirmer clairement et que ceux qui auront l’audace de la démocratie se préparent, avec nous.

En tout état de cause, l’organisation du CNB devra changer rapidement pour que notre profession, enfin unie au sein d’une instance nationale réellement démocratique et représentative de tous les Ordres, sans exception, nous permette d’assumer le mandat que les électeurs nous ont confié.

En camargue, lorsque les flamands roses plongent leurs cous dans l’eau poissonneuse des étangs, l’un d’entre eux veille et tient dans sa patte un caillou qu’il laisse tomber en cas de danger et, au bruit du caillou dans l’eau, l’ensemble des flamands s’envolent.

Tels les flamands de camargue, soyons attentifs à ce que la nécessaire réforme du CNB ne se fassent pas selon la méthode, si chère à notre Garde des Sceaux, de la concertation après décision, qui, par un regrettable mimétisme, déteint parfois sur ceux qui la dénonce le plus fort.

L’expérience montre que ces méthodes, loin d’assurer le succès des causes qu’elles prétendent servir, les entraînent dans un naufrage commun avec les aventuriers qui s’en sont servis.
 
Le Groupe des Avocats Indépendants au CNB sera clairement - dans le camp des démocrates - un acteur déterminé de l’évolution nécessaire du Conseil national des barreaux.

Notre première démarche est ce très modeste bulletin qui sera notre lien, vers l’ensemble de nos collègues élus au sein du CNB, vers nos membres et vers l’ensemble des barreaux afin de partager le fruit de notre vigilance, et le bruit de cailloux tombés dans les étangs.
Par Droit de Regard
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