LE PETIT CHAT ET NOUS
Une institution qui représente la profession d’avocat ne peut être puissante que si elle est libre et démocratique, elle ne peut être libre et démocratique que si elle respecte - strictement - ses propres règles.
Comme chacun d’entre nous, la Démocratie a deux yeux dont seule l’existence conjointe assure la profondeur. Profondeur du champ visuel en ce qui nous concerne ; « pertinence concrète » en ce qui concerne les institutions, c’est-à-dire lien entre les principes et la réalité qui doivent être liés l’un à l’autre « comme le cercle à son centre » ainsi que l’écrivait Hanna Harendt.
Les yeux de la Démocratie sont d’une part la proclamation de ses valeurs, portée par la conformité de la pensée avec le discours, et d’autre part le respect des procédures qui permet de s’assurer de la conformité des actes avec le discours issu de la pensée.
C’est dire à quel point est important le respect de « la forme ennemie jurée de l’arbitraire et sœur jumelle de la liberté » selon la magnifique formule de Iérhing.
Quand la philosophie inspire et que la procédure transpire, la démocratie respire.
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Quel rapport, me direz-vous, tout cela a-t-il avec l’exercice de leur mandat par les élus du CNB? J’y arrive, mais je tenais a rappeler l’importance cruciale du respect des formes et des procédures, surtout lorsque sous les prétextes usuels de « détail », « d’usage », de « commodité », ces dernières ne sont pas respectées.
Le premier devoir de l’Assemblée Générale du CNB - dont il convient de rappeler la prééminence sur le Bureau qui en est issu - est de faire respecter – strictement – ses procédures, c’est-à-dire ses règles écrites et ses usages. Dans cet ordre : règles d’abord et usages ensuite :
Loi du 31 décembre 1971 modifiée, Décret du 27 novembre 1991 modifié, Règlement Intérieur[1], usages enfin … et à la fin.
Ce n’est pas faire injure aux usages de rappeler que dans la hiérarchie des normes, chère à Kelsen, ils viennent après les textes. Au contraire, l’hommage rendu à l’importance des textes donne aux usages toute leur place.
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Les usages sont, par définition, recensés et créés par ceux qui disposent d’un pouvoir et d’un outil pour en formaliser le contenu et la portée.
Lorsque les usages passent avant la règle, les lois élémentaires de la gravité réduisent par touches successives l’utilité de la règle à un rôle supplétif.
La confusion s’installe et contamine à son tour la règle. Comme la loi de Gresham qui, en économie, établit que la mauvaise monnaie chasse la bonne, en droit, l’usage illégitime, chasse la loi.
De cette confusion naît pour une institution la perte de sa légitimité puis, au pire l’arbitraire, au mieux le désenchantement.
L’usage, qui est, par définition, plus souple que la règle, est toujours polymorphe et exposé au risque de devenir discrétionnaire.
C’est son charme, son atout, sa faiblesse aussi au regard des textes qui demeurent enchâssés dans une lecture nécessairement plus stricte.
Il est donc essentiel de proclamer que, dans la liturgie démocratique, à laquelle je suis farouchement attaché, la règle vient avant l’usage et se situe au dessus de ce dernier qui se décompose en deux types distincts : L’usage qui provient du silence des textes et l’usage qui vient de la carence des textes.
En présence d’un texte clair, tout recours à un usage contraire au texte est un abus passible des sanctions de la loi.
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La très faible participation de nos confrères aux dernière élections (45% dans la circonscription nationale et à peine 37% à Paris) reflète la conviction de nos confrères selon laquelle des usages obscurs et mystérieux recouvrent comme une vilaine croûte le fonctionnement de nos institutions professionnelles dont, par méfiance, ils se tiennent, à tort, éloignés.
Nous voulons les convaincre, au fil de nos interventions, que nous parviendrons à rassembler des majorités de convictions pour lutter contre des coalitions d’intérêts. Nous convaincrons nos confrères et nos électeurs que la démocratie au service des avocats n’est pas une utopie mais la condition de notre renaissance.
L’oligarchie confinée dans le silence ouaté des usages ayant fait la preuve de son efficacité très très relative, faisons de la démocratie réelle une idée neuve pour nos institutions et un but pour notre mandature.
Devil is in the details disent nos amis anglo-saxons, orfèvres en démocratie. Suivons pour une fois leur exemple sur le détail suivant :
L’envoi par le CNB d’une fiche demandant aux élus de s’inscrire dans diverses commissions « permanentes » dont les Présidents n’ont pas été élus par l’AG, pourtant seule compétente en la matière.
Les élus indépendants demandent aujourd’hui un rappel au règlement (art.11-2) sur ce point afin que soit mentionné la compétence exclusive de l’AG en matière de constitution de commissions permanentes et de désignation de leurs Présidents et la compétence partagée du Président du CNB et de son Bureau avec l’AG pour la constitution de commissions ad hoc seulement et la nomination de leurs Présidents.
Les fiches correspondantes, qui établissent la répartition des membres du CNB dans les commissions ne pourront être prises en compte qu’après rectification de ce point, important à nos yeux en ce qu’il concerne une prérogative exclusive de l’Assemblée Générale du CNB.
C’est la première d’une série d’étapes destinées à nous assurer que la pyramide est bien à l’endroit :
Une Assemblée Générale souveraine, et un Bureau subordonné au Président qui dispose seul des compétences fixées par la Loi, notamment en matière de Formation (art. 39 du Décret) et de relations avec le ministre du budget au titre du contrôle financier du CNB et des CRFPA (Arrêté du 26 octobre 1992).
Quel rapport tout cela a-t-il avec un petit chat ?
Le voici : Il était une fois, l’été, une nuit de pleine lune un petit chat perché sur un toit. Voyant passer une théorie de chats qui courraient à toute allure vers la place du village, le petit chat leur dit : où allez-vous ? Nous allons faire l’amour répondit l’un d’eux. Le petit chat peu au courant des choses de la vie mais ayant eu vent que cette aventure était magnifique se mit à les suivre. Et les voilà tous, sur la place du village courant pour attraper une chatte qui tentait d’échapper à la horde. Et les chats tournaient, tournaient autour de la place du village éclairée par un unique réverbère tandis que le petit chat s’efforçait de les suivre en comptant les tours de la place,1,2,3... au bout de quelque tours, le petit chat essoufflé se dit : « je fais encore trois fois l’amour et j’arrête ». Ceci fait il rentre chez lui et trouve d’autre petits chats auxquels il raconte comment il fit l’amour.
Je ne voudrais pas que pendant trois ans nous poursuivions notre garde des sceaux avant de revenir vers nos électeurs leur expliquer que nous avons renforcé la démocratie au CNB alors que nous aurions renforcé une oligarchie que les électeurs ont déjà massivement rejeté en désertant les urnes.
Arnaud Lizop
arnaudlizop@orange.fr
Cercle des Avocats Indépendants
(Paris - collège général)
Avec le plein accord de Christophe Tattevin
Cercle des Avocats Indépendants
(Bâtonnier de Vannes – collège général )
P.S : Deux autre questions aux confins des usages et des textes seront prochainement abordés par les élus indépendants - et leurs alliés - au sein de l’Assemblée Générale :
- La durée du mandat présidentiel.
- Les conditions de fonctionnement des Assemblées générales (délai de fixation des ordres du jour, procédure d’amendement, communication dans des délais décents des PV avant leur adoption, leur modification ou leur rejet).
Note: « Droit de Regard » a été conçu à l’origine pour permettre aux élus du Cercle des Avocats Indépendants au CNB de rendre compte de leur mandat tous les mois conformément à leur engagement et d’établir un lien entre les élus de toutes tendances dont l’objectif est : démocratiser nos institutions professionnelles pour renforcer la place des avocats et le rôle du Droit dans la société.
Les encouragements reçus à la suite du premier numéro [2]nous incitent à élargir progressivement la diffusion de ce bulletin.
[1] modifié par l’Assemblée Générale lors de son des 12 et 13 décembre 2008, dans son ultime session avec un procès-verbal approuvé par un courriel circulaire dont la teneur et le résultat sont inconnu à ce jour des nouveaux élus.
[2] « la vigilance du flamand rose » disponible par e-mail sur simple demande.
Gilles HUVELIN est avocat au Barreau de Paris depuis 1976. Spécialisé en droit commercial, ill est également mandataire devant les tribunaux de commerce de Paris, Nanterre,
Bobigny, Pontoise et Créteil.
Pourquoi ne pas demander à ce que les honoraires versés aux avocats soient déductibles des revenus déclarés par les particuliers à défaut d’obtenir un taux minoré de T.V.A.